Ubériser l’Urssaf

Qui aura la peau d’Uber ? Cogitem formation informatique

Après le gouvernement, les taxis et les start-up de VTC concurrentes, ce champion américain de l’économie numérique est maintenant dans la ligne de mire de l’Urssaf. L’accusation portée par cet organisme chargé de collecter cotisations de Sécurité sociale et allocations familiales est précise : les chauffeurs d’Uber ne sont pas des travailleurs indépendants collaborant ponctuellement avec une entreprise qui se contenterait de les mettre en relation avec des clients, ils seraient des salariés déguisés. Et, à ce titre, Uber doit payer de lourdes charges sociales. Si, à l’issue d’une bataille juridique qui s’annonce longue, l’Urssaf obtenait gain de cause, c’est tout le modèle économique d’Uber qui risquerait de vaciller. Et derrière ce bras de fer se cache une question bien plus large : notre modèle basé sur le salariat et la solidarité sociale et intergénérationnelle est-il compatible avec l’évolution du cyber-capitalisme ? Que se passera-t-il si nous sommes tous demain des salariés indépendants passant d’un « employeur  » numérique à un autre ? Le travailleur d’hier était majoritairement lié pour longtemps et à plein-temps à un seul employeur. Le free-lance de demain travaillera peut-être pour plusieurs entreprises en parallèle. Même si la proportion de ces salariés des « apps » que Pierre Bellanger a qualifiés de « petites mains » de l’« applitariat » reste extrêmement faible, c’est bien cette nouvelle économie qui crée des emplois et qui contribue à faire entrer sur le marché du travail bon nombre de jeunes ou de laissés pour compte du CDI. En cherchant à faire rentrer de force cette économie de plates-formes dans notre ancien modèle social, l’Urssaf fait cependant fausse route. Elle cherche à préserver notre avenir en ralentissant une évolution qui semble inéluctable. Sur un plan fiscal comme social, il ne faut bien sûr pas faire de chèque en blanc à Uber et aux autres « barbares » qui révolutionnent notre capitalisme. Mais plutôt que de leur imposer notre modèle qui vacille, il faut profiter de l’opportunité qu’ils nous donnent d’écrire un nouveau modèle social. Pourquoi pas en poussant les plates-formes à devenir des coopératives associant leurs travailleurs au capital. D’autres suggèrent de s’appuyer sur la révolution numérique pour redéfinir les droits et les devoirs des salariés en jouant la carte de plus d’autonomie, de portabilité des droits et de transparence. Plutôt que de laisser l’Urssaf chercher à faire rentrer Uber de force dans le rang, on voudrait qu’Uber « ubérise  » l’Urssaf ou, à tout le moins, contribue à faire évoluer un Code du travail mal adapté à la nouvelle économie. Uber nous oblige à repenser notre monde. On aurait tort de croire que, parce que cette remise en question nous fait peur et nous laisse pour l’instant sans réponse, on peut simplement taper du poing sur la table. Le faible punit, le fort réfléchit.
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