Et si, comme La Poste, vous adoptiez un Chief Data Office

Les 260 000 postiers vont désormais aussi prêter serment sur une Charte Data. Elle engage tous les salariés du groupe à une totale confidentialité, sécurité et transparence sur l’usage des données. Cette charte est le fruit du travail d’Eric Alix, l’autre CDO de La Poste, celui pour lequel le « D » ne signifie pas Digital, mais Data.Cogitem formation informatique

Depuis juin 2015, le groupe La Poste a son propre Chief data Officier (ou CDO). En bon français : responsable des données (ou administrateur général de la données, lorsqu’il s’agit du gouvernement). A ne pas confondre avec le Chief Digital Officer (l’autre CDO), chargé de piloter la transformation numérique d’une organisation, ni avec le Data Privacy Officer (DPO), dont le rôle est de vérifier que les données sont traités en conformité avec les réglementations.

 

Pour occuper cette nouvelle fonction, La Poste a choisi un expert de la donnée, Eric Alix, l’homme du Big data lab deBouygues Telecoms. Auparavant, dans son premier poste de consultant dans un grand cabinet de conseil que, l’homme avait acquis l’autre grande compétence indispensable à sa nouvelle mission : l’accompagnement au changement des organisations.

POUR DÉVELOPPER LE CAPITAL DATA

Sa mission ? « Développer le capital data du groupe, avec un cadre éthique très formel, en conformité avec les valeurs de la marque, notamment la confiance, et travailler sur les projets data avec toutes les branches et les métiers du groupe, afin d’optimiser les services et les processus industriels », débite Eric Alix d’une traite. Avant d’ajouter :« Le tout dans un esprit de transparence, de sécurité et de confidentialité pour toutes les données qui sont manipulées par La Poste que ce soit la banque, la logistique, les activités numériques. » Rien de moins. Et pas si simple, même s’il ne part pas de rien.

 

La Poste goute à l’open data depuis 2012, et l’ouverture des premiers jeux de données sur les bureaux de poste sur le portail d’Etalab (organisation publique chargée de développer un portail unique interministériel des données publiques). Non sans résistance. Pour faire accepter l’idée de licence ouverte, la direction innovation de La Poste d’alors avait commencé par proposer un mode d’open data interne. L’idée a fait son chemin. En 2014, l’entreprise a pu ouvrir le fichier des codes postaux et participer à la base nationale adresses avec Etalab et l’IGN. Aujourd’hui, « l’open data est l’un des engagements de la charte, comme contribution au bien commun », observe Eric Alix.

 

RESTAURER LA CONFIANCE

La charte dont il parle, c’est la nouvelle Charte Data de La Poste, lancée le 11 mai 2016, sur lequel les 260 000 postiers vont prêter serment. Elle intègre notamment la notion de respect des données personnelles électroniques. Un marqueur fort de la stratégie data du groupe, qui veut exploiter le capital confiance dont il dispose auprès des Français, pour qu’ils l’autorisent à traiter aussi leurs données et à les utiliser pour developper de nouveaux services.

 

Or, les résultats de la grande enquête que le groupe a menée en mars 2016 auprès de nos concitoyens sont clairs. Ces derniers veulent des services plus personnalisés à 66% (80% pour les jeunes), mais ils ne sont plus qu’un tiers s’il faut en échange confier ses données. En revanche, si La Poste s’engageait sur une charte data, ils seraient de nouveau 66% à être prêts à confier leurs data en échanges de services. Et les jeunes à 80%. Eric Alix a donc établi une charte, validée par le comex et présentée le 25 mai dernier par le PDG Philippe Walh à Axelle Lemaire, la secrétaire d’Etat chargée au numérique, à l’occasion d’une cérémonie des serments.

 

REDONNER LE CONTRÔLE SUR LES DONNÉES

Mais le travail d’Eric Alix ne s’arrête pas là. La charte fixe aussi une feuille de route à implémenter. Elle engage notamment La Poste à redonner le contrôle des données à leurs propriétaires. Un site web sera lancé en septembre pour expliquer la démarche aux internautes qui devront attendre janvier 2017 pour pouvoir accéder à leurs données et donner l’autorisation de les exploiter. Ensuite La Poste développera des services de stockage, d’archivage, de pilotage des objets connectés de la maison sur son hub numérique, ou de personnalisation des livraisons de colis…

 

Mais les données des français ne sont qu’une partie des data à valoriser par Eric Alix. Il y a toutes celles de La Poste et de ses métiers, donc certaines doivent être ouvertes. « Sur ce sujet, on veut faire de l’utile. Et ce que l’on a constaté à travers nos hackathons, c’est que les start-up ont surtout besoin d’API », avance le CDO. Mettre ses données sur data.gouv.fr ne suffit donc pas, d’autant qu’il est impossible de savoir qui les utilise. En février 2016, La Poste a donc aussi ouvert son propre site open data, Datanova. « Il va nous permettre d’avoir un lien plus durable avec la communauté, explique Eric Alix. Car on monte aussi un programme d’incubation des projets des start-up ou des équipes rencontrées via les hackathons. »

 

CHANGER LE RAPPORT À LA DONNÉE

Reste les données non ouvrables, de fonctionnement, qui peuvent servir à optimiser les services internes. Pour en tirer le meilleur parti, La Poste a mis la main sur l’un des spécialistes français du big data, Probayes. Mais tout reste à faire. Et la technologie ne suffira pas. « Pour changer les mentalités vis-à-vis de la donnée, il faut être proactif, monter une direction et la partager, reprend Eric Alix. C’est l’avantage que procure la charte data, qui a été validée par le Comex, le conseil d’administration et présentée à la ministre. Elle nous donne un cap et elle entraîne l’ensemble des collaborateurs de La Poste. » Elle va surtout aider le groupe à se mettre en conformité avec le nouveau cadre réglementaire fixer par la Cnil, le règlement européen sur la protection des données personnelles et la Loi pour une République numérique. Une charte à quatre coups.

 

Comments are closed.