La formation professionnelle bientôt cannibalisée par les pure-players du digital ?

De nouveaux acteurs, comme les incontournables Google, Apple, Facebook et Amazon et autres start-up, se sont lancés dans un sprint pour transformer chaque insatisfaction client en une idée de nouveau business.Ils ne cachent plus leurs envies d’élargir leur « terrain de jeu » en cannibalisant d’autres secteurs comme l’énergie, l’édition, le tourisme, l’assurance, la finance et la musique par exemple.

A qui le tour ? Ça pourrait bien être celui, entre autres, de notre cher secteur de la formation professionnelle.

Mais comment mesurer notre exposition ? ICP consulting propose une grille de lecture très intéressante autour de 3 modes opératoires des « nouveaux barbares » de l’économie mondiale :

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1. Le core business

Attaquer le core business c’est attaquer le cœur d’activité d’une entreprise historique avec de nouveaux modèles économiques et des avantages concurrentiels basés sur de nouveaux usages, une nouvelle techno et une agilité organisationnelle permettant d’être rapidement en adéquation avec les attentes du marché et des clients.

Dans cette catégorie, on peut citer BlaBLaCar qui, avec un nouveau business model (l’économie du partage) et des technologies adaptées, transporte l’équivalent de 2000 rames TGV par an.

Et dans le monde de la formation me direz-vous ?

Et bien nous pouvons par exemple citer dans cette catégorie OpenClassrooms, start-up française que l’on retrouve en 2015 dans le classement du magazine Wired « Europe’s Hottest startups ».

Openclassrooms

Depuis cette année, ce leader en Europe du secteur des MOOC, propose des parcours de formation assemblant plusieurs modules pour parvenir à réussir un projet ou à s’orienter vers un nouveau métier.

En juin 2015, OpenClassrooms a ouvert le premier titre professionnel de niveau II reconnu par l’État entièrement en ligne, identique à une école traditionnelle. Avec un modèle économique de type Freemium (c’est-à-dire atteindre une masse critique d’utilisateurs par la gratuité du service puis proposer des fonctionnalités payantes), l’abonnement payant permet par exemple d’être suivi par un tuteur par le biais de visioconférences. Ils vendent aussi des prestations d’ingénierie pédagogique à destination des établissements scolaires et des entreprises qui souhaitent créer des cours en ligne. Alors, ça y’est, vous les voyez venir ?

2. L’intermédiation

L’intermédiation, c’est jouer le rôle d’intermédiaire entre le client et le cœur d’activité d’une entreprise historique. Ces acteurs-là, comme le souligne ICP consulting, « se positionnent comme le 1er point de contact dans la chaine de valeur, captent la transaction et accaparent la donnée client grâce à une qualité de service innovante et souvent multimarque ». Il s’agit sans doute de la menace qui requiert la plus grande attention tant ces acteurs peuvent devenir incontournables dans l’apport d’affaire des acteurs traditionnels (et rogner sur leurs marges). L’exemple de « Booking.com » est sans doute le plus éloquent : saviez-vous que ce type d’intermédiaire représente aujourd’hui 80% du remplissage des hôtels du groupe ACCOR ?

Et dans le monde de la formation me direz-vous ?

J’ai choisi de vous parler ici d’Hyperbolyk, jeune start-up, 1ère Marketplace d’achats de formations qui permet d’entrer directement en contact avec une multitude d’organismes de formations et de leur acheter en ligne par paiement sécurisé des stages courts (1 à 7 jours) sur un modèle « Booking.com ». La start-up se rémunère ainsi par un pourcentage sur chaque formation vendue, car c’est par le biais du site que l’offre et la demande se rencontrent, en misant évidemment sur l’expérience utilisateur.  Là encore, vous (et votre marge) les sentez arriver ?

3. « Over The Top »

Attaquer « Over The Top », c’est développer une nouvelle chaine de valeur au sein d’un secteur d’activité, imaginer de nouveaux usages connectés en réponse à de nouvelles attentes encore non exprimées par les consommateurs. ICP consulting précise que le succès de ces nouveaux acteurs « résulte de leur capacité à proposer des expériences utilisateurs nouvelles, utiles et étonnantes ». TripAdvisor (tourisme) ou Shazam (musique) se situent ainsi à la périphérie du cœur d’activité du secteur en proposant des nouveaux services rendus possibles par la technologie mais que les acteurs traditionnels n’ont pas vu arriver.

Et dans le monde de la formation me direz-vous ?

J’ai longtemps hésité avant de placer LinkedIn dans cette catégorie. Ses intentions exactes sont encore un peu floues mais son potentiel est énorme. En effet, l’acquisition en début d’année de lynda.com, spécialiste de la formation en ligne (dans notre core business) pour un montant de 1,5 milliards de dollars –  soit la quatrième plus importante acquisition dans les médias sociaux ! –  a fini de me convaincre. Cela illustre quand même assez bien ses ambitions « over the top » de notre secteur. Ce réseau social BtoB est ainsi en capacité de recommander et de mettre en relation, avec son algorithme puissant, des personnes avec des offres d’emploi, des offres d’emploi avec les compétences nécessaires pour les exercer et donc désormais les formations permettant de les acquérir. LinkedIn pourra ainsi recommander différentes formations professionnelles (d’abord les siennes ?) pour évoluer et obtenir le job de ses rêves. Avec ses 350 millions de membres, espérons que nous fassions partie de ces recommandations, n’est-ce pas ?

Je vous invite à enrichir et catégoriser la liste des nouveaux acteurs du secteur dans les commentaires !

Et pour conclure ce billet par une analogie, évoquons le syndrome de la grenouille. Si vous en plongez une dans une marmite d’eau froide que vous réchauffez à feu doux, cette dernière, dans un premier temps, ne va pas réagir, trouvant cela plutôt agréable. Mais elle va petit à petit s’affaiblir et va finir par bouillir. Si la même grenouille avait été plongée directement dans l’eau à 50 degrés, elle aurait immédiatement donné le coup de patte adéquat qui l’aurait éjectée aussitôt de la marmite.

Alors si nous ne sommes pas, comme la grenouille, déjà à moitié cuits, donnons le coup de patte salutaire avant qu’il ne soit trop tard. Autrement dit, auto cannibalisons-nous, sinon les « nouveaux barbares » le feront à notre place !

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