Google ambitionne de rattraper Amazon dans le cloud

La location de services et d’infrastructures aux professionnels est l’un des principaux relais de croissance du groupe Internet.

Cogitem Formation Informatique

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Google se met en ordre de bataille. Au Japon près de Tokyo, aux États-Unis dans l’Oregon, et dans dix autres lieux encore tenus secrets, le groupe Internet est actuellement à pied d’œuvre pour créer douze nouveaux data centers, ces centres de calculs géants qui regroupent des milliers de serveurs informatiques. Ils devront être opérationnels en 2017.

Cet effort colossal est essentiel pour augmenter les capacités techniques de Google et lui permettre de réaliser l’une des transformations les plus importantes de son histoire: devenir leader des services cloud aux entreprises. Cette activité constitue le relais de croissance le plus prometteur de Google. Elle pourrait à terme dépasser son chiffre d’affaires publicitaire, a pronostiqué Urs Hölzle, qui supervise le déploiement de ces data centers. Soit pas moins de 65 milliards de dollars annuels.

Depuis six mois, Google s’active pour rivaliser avec Amazon Web Services (AWS), le numéro un dans le domaine.

Depuis six mois, Google s’active pour rivaliser avec Amazon Web Services (AWS), le numéro un dans le domaine. La direction de la division cloud a été confiée à Diane Greene, personnalité éminente de la Silicon Valley, cofondatrice de la société VMWare, qui était entrée à son conseil d’administration en 2012. Avec l’objectif de «définir une approche commune» entre des services jusqu’alors éclatés, explique-t-elle au Figaro. Google, qui a créé au fil de l’eau une myriade de produits à destination des professionnels, propose aussi bien aux entreprises d’héberger leurs sites, leurs applications et leurs données dans ses data centers, de s’abonner à sa suite bureautique et à ses outils de communication payants, de louer de la puissance de traitement de données, et même d’acheter ses outils de traduction automatique.

Dès son arrivée, Diane Greene a rapproché les équipes de ventes, de marketing et de développement produits, jusqu’alors éclatées. Les embauches ont été accélérées. De nouveaux vice-présidents ont été nommés. Les contrats, les facturations et les services ont été simplifiés. «Notre but est de proposer aux entreprises un interlocuteur unique, mais aussi de leur apporter de la clarté sur notre feuille de route», dit la responsable de Google.

Des clients prestigieux

Google ne détaille pas ses investissements dans le cloud, estimés à plusieurs milliards de dollars, ni ses résultats. Face au géant Amazon, la tâche n’est pas simple. Parti il y a dix ans, AWS atteindra cette année les 10 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuels, après avoir engrangé 7,9 milliards en 2015, soit 7 % des revenus d’Amazon. La division est aussi bien plus rentable que l’e-commerce. Son bénéfice opérationnel était de 1,5 milliard de dollars en 2015, le double de celui de la distribution. Microsoft, numéro deux derrière Amazon, tout comme IBM et Oracle, autres acteurs de poids dans le secteur, peuvent aussi compter sur ses relations de longue date avec les directions informatiques des entreprises. Google oscille entre la quatrième et la cinquième place, en fonction des classements et du périmètre des activités retenues. Diane Greene est convaincue que ce retard peut être comblé.

«Entre 5 et 10 % des entreprises ont basculé dans le cloud, il y a encore beaucoup de chemin à parcourir »

«Entre 5 et 10 % des entreprises ont basculé dans le cloud, il y a encore beaucoup de chemin à parcourir», souligne-t-elle. Google cherche à convaincre les entreprises de leur laisser gérer leurs infrastructures Web, pour se concentrer sur leur métier de base. «Nous leur apportons une valeur et un savoir sans égal», ajoute Diane Greene. Cela fait quinze ans que le groupe Internet opère des data centers pour ses propres activités Web. «Notre expérience dans la gestion de l’énergie nous permet d’être très attentifs aux coûts.» Ainsi, Google a attaqué Amazon en assurant que ses services étaient de 15 à 41 % moins chers que ceux d’AWS. Il met aussi l’accent sur des services spécialisés dans l’apprentissage automatique, une branche de l’intelligence artificielle. La victoire récente d’AlphaGo contre le champion mondial de jeu de go lui a servi de vitrine.

Dans son portefeuille de clients, Google est parvenu à enrôler Coca-Cola, Best Buy, Spotify,Apple, Snapchat et PricewaterhouseCoopers. En France, il a séduit les groupes Essilor et Veolia. Cette bataille, toutefois, pourrait ne pas avoir qu’un seul vainqueur. «Les entreprises aiment se reposer sur plusieurs fournisseurs. Amazon, Microsoft et Google peuvent prétendre à une croissance solide», souligne l’analyste Evan Wilson de Pacific Crest dans une note publiée cette semaine. L’activité cloud de Google, qu’il juge sous-évaluée, pourrait justifier une hausse de l’action de sa maison mère Alphabet à plus de 900 dollars, estime-t-il, contre 700 dollars au cours actuel.

http://premium.lefigaro.fr/secteur/high-tech/2016/06/23/32001-20160623ARTFIG00319-google-ambitionne-de-rattraper-amazon-dans-le-cloud.php

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