Former 100.000 jeunes au numérique

La 1ère journée de la Francophonie économique et numérique s’est tenue, le 14 septembre, au siège de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), à Paris. L’occasion de revenir sur les enjeux soulevés par la problématique digitale.

« Il y a lieu de décréter un état d’urgence numérique ». La formule a été lâchée d’entrée par Eric Adja, intervenant dans le cadre de la 1ère journée de la Francophonie économique et numérique, organisée à Paris par l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), le 14 septembre dernier. Le directeur adjoint de la Francophonie économique et numérique a tenu à mettre en garde contre la prédominance de la langue anglaise sur Internet. Au cours d’une séance thématique qui plaçait le numérique au cœur du développement, il a notamment dénoncé la « tendance monopolistique des géants du web », Google en tête. L’exemple choisi par Eric Adja est édifiant : en avril dernier, le groupe Alphabet a annoncé lancer un programme afin de former un million de jeunes africains au numérique. Or tous les pays sélectionnés par la firme américaine font partie de l’Afrique anglophone.

Pascal Terrasse, secrétaire permanent de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, partage la même inquiétude. « Si la radio a mis quarante ans à se diffuser dans le monde, nous sommes rentrées dans une nouvelle époque, a-t-il rappelé. Nous sommes désormais dans une phase de disruption de l’’économie qui va s’accélérer ». D’où l’importance, pour les pays francophones, de ne pas se laisser distancer au moment de prendre le virage du numérique. D’autant que, à l’image du Kenya, les pays anglophones profitent d’un contexte de common law qui rend l’implantation d’acteurs occidentaux plus facile. C’est pourquoi l’OIF a elle aussi décidé de lancer un programme pilote afin de former 100.000 jeunes au numérique.

 

Dynamisme des acteurs de la téléphonie en Afrique

Mais dans le paysage numérique francophone, certaines perspectives apparaissent plus réjouissantes. Arnaud Poissonier, fondateur de Babyloan, a signalé que de nombreux grands acteurs de la téléphonie commencent à investir en Afrique. Il a tenu à souligner la présence d’Orange, vecteur de création d’emplois. Mais ce spécialiste de l’économie collaborative a mis un point d’honneur à rappeler que les initiatives doivent être encadrées par des structures. « L’accompagnement du porteur de projet est essentiel, a-t-il indiqué. Le numérique permet aussi de réussir sa création d’entreprise. Les MOOCs sont un moyen d’accéder à la connaissance. Mais il faut aussi noter l’importance de l’outil de financement, notamment citoyen ».

Si les plates-formes numériques ne sont pas aussi développées que dans les pays occidentaux, la notion de financement participatif existe déjà depuis longtemps en Afrique, via la pratique de la tontine. Encore balbutiant, le crowdfunding commence toutefois à se développer. C’est ce qu’a expliqué Florent Youzan, cofondateur de Réseau professionnel numérique Afriworker : « Des initiatives émanent d’une jeunesse qui a pris conscience de son avenir. Au Burkina Faso, on a par exemple observé la création d’un incubateur grâce au financement participatif ». L’OIF devrait d’ailleurs elle aussi lancer un portail de financement citoyen d’ici la fin de l’année. L’objectif est de favoriser les flux d’investissement des pays du Nord vers le Sud, aussi bien que ceux entre pays du Sud.

Le numérique est donc créateur d’opportunités dans les pays africains, où beaucoup reste à faire. Ce qui peut être perçu comme un atout : contrairement à ce qui se passe dans les pays européens, l’uberisation ou le développement du e-commerce ne se feront pas au détriment d’emplois préexistants.

La tentation du modèle indien

Afin d’encourager la réalisation des projets, la question des logiciels libres a été longuement discutée et étayée d’un exemple concret : une application qui permettait de géolocaliser des zones d’inondations a été successivement améliorée par différents groupes de développeurs grâce à un code source accessible à tous. Tous les panélistes présents se sont positionnés en faveur des logiciels libres, et, plus largement, de la transparence des données.

La fin de la conférence a été l’occasion d’insister sur l’importance d’injecter de l’argent public pour développer le numérique dans les pays de la Francophonie. Pascal Terrasse a rappelé le rôle crucial de la formation en convoquant l’exemple de l’Inde, pays qui a réussi son pari du numérique. « La francophonie est une langue. Le numérique en est une autre. Les deux doivent arriver à se rencontrer », a-t-il conclu.
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