ATAWADAC : l’avenir de la formation ?

Any Time, AnyWhere, Any Device, Any Content : nouveau cri de guerre des hérauts de la révolution digitale. L’objectif principal de la transformation digitale serait de rendre les contenus disponibles tout le temps, sur tous les supports, partout, et sous toutes les formes ((vidéo, écrit, audio etc …)Cogitem Formation Informatique

La révolution digitale impactant notamment la formation, initiale et professionnelle, ATAWADAC nous concernerait aussi, nous, écoles, universités et organismes de formation continue !

On voit en effet apparaître des solutions, portées souvent par des start-ups, visant à rendre disponible du contenu de formation à peu près n’importe quand ; afin d’utiliser les espaces d’attention disponibles dans les soi-disant « temps morts » : quand j’attends le train, dans les bouchons, quand une réunion commence en retard ou quand je m’ennuie dans une réunion, etc …

Il y a beaucoup d’ingéniosité dans ces dispositifs : quizzs en ligne ; présentations succinctes de concepts ; beaucoup de jeux, pouvant être faits en temps contraint ou par séquences séparées ; mini vidéos …

Et je ne nie pas les progrès que le principe d’ATAWADAC peut nous apporter : la contrainte de temps, et aussi la contrainte technique (un écran de smart phone est beaucoup plus petit qu’un écran de slide show) amène à imaginer des dispositifs plus impactants, qui peuvent apporter beaucoup aux formats plus classiques de formation : rapides, ludiques, frappants, visant l’efficacité et la synthèse, axés sur une bonne mémorisation etc … Ces formats nous amènent à mieux comprendre comment un apprenant apprend, comme il peut apprendre vite, et quelles sont ses attitudes d’apprentissage quand il se trouve hors du milieu contraint qu’est la salle de formation. Les sciences cognitives, et l’analyse des données (big data et data analytics) sont d’ailleurs fortement mises à contribution par ces nouveaux dispositifs mobiles de formation.

Mais fondamentalement, je suis mal à l’aise avec une évolution qui consisterait à penser que la formation professionnelle se confond avec de la simple mise à disposition de contenus. Il n’y a pas de formation sans contenus de qualité bien sûr ; mais la formation, c’est avant tout un processus d’apprentissage, une architecture. Comme un tableau de maître est bien sûr fait de couleurs et de dessins, mais est surtout la manière dont ces couleurs et ces dessins sont agencés dans l’espace contraint qui est le cadre ; de même une bonne formation est une structure, relativement fixée, avec une durée, des lieux, des interactions, une alternance de modalités, du collectif et du personnel, une progression, des moments de tension et des moments de détente, des temps pour le sérieux et des temps pour rire …

Le tout agencé, structuré. Le bon formateur se reconnaît  à mon avis moins à la qualité de ses contenus (qui sont de plus en plus disponibles en open source), qu’à la manière dont il les organise et les met en scène, dans une structure qu’il définit, et pilote en dynamique.

Ramener la formation à une mise à disposition de contenus, c’est confondre le livre et la leçon ; le support et l’événement ; l’outil et l’acte. Une formation n’est pas un libre-service de contenus,aussi bien fait que soit le merchandising du supermarché …

Alors : ATAWADAC or not ATAWADAC ? oui en complément, en soutien. Mais pas en remplacement de formations structurées.

Sinon, les nouveaux dispositifs mobiles de formation seront comme les Moocs : de beaux outils utilisés essentiellement par ceux qui savent déjà se former, c’est-à-dire ceux qui sont déjà bien formés …

Et pas par ceux qui en ont le plus besoin.

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