Assurance : l’agent général ne veut pas se faire uberiser

Alors que se multiplient les services en ligne, les applis mobiles et les objets connectés, a-t-on encore besoin d’avoir un assureur près de chez soi ? Habitués à s’adapter aux évolutions, les agents généraux entendent au contraire utiliser le numérique pour renforcer leur rôle de prévention.

 

Combien de fois franchissez-vous la porte de votre agence d’assurance ? Le plus souvent, c’est pour régler votre prime ou déclarer un sinistre. Deux moments pas particulièrement agréables. Et la tentation est grande pour certains assurés de gérer leurs contrats depuis leur smartphone comme ils le font déjà pour leurs comptes bancaires.

La transformation numérique est, de fait, vécue de façon ambivalente par la profession. Elle est à la fois source d’opportunités et de menaces. Les réseaux sociaux lui ouvrent, par exemple, des perspectives de prospection bien au-delà de la zone de chalandise de son agence.

Le digital présente aussi des risques élevés de désintermédiation pour les agents généraux avec l’émergence de chaînes de services sans couture qui vont de la souscription en ligne à l’accompagnement des assurés par les plateformes téléphoniques.


Patrick Evrard
, agent du Gan et président de l’Agéa, la fédération nationale des syndicats d’agents généraux, ne sent pas de crainte chez ses quelque 12 000 confrères. « C’est une population qui a toujours su s’adapter aux évolutions. Depuis 15 ans, elle vu arriver un grand nombre de nouveaux acteurs, venant de la bancassurance ou de la vente directe sur le web. On la disait finie et pourtant elle conservé ses 34 % de parts de marché dans l’assurance dommages, la vente directe plafonne, elle, à 2 %. »

Pas de risque de disruption à court terme

Agent général Axa et fondateur de la startup WeAssur, Olivier Torres ne croit pas non plus à la disruption du secteur.« Le ticket d’entrée est élevé. Une assurtech doit avoir des capitaux suffisants pour se faire une place sur le marché, tout en devant se soumettre au cadre réglementaire. »

Par ailleurs, disrupter reviendrait à remettre en cause le principe de mutualisation qui est le fondement même de l’assurance. A savoir que tous les assurés paient la même cotisation de base, quelle que soit la probabilité de risques qu’ils présentent individuellement.

Cette individualisation des contrats a certes commencé. On le voit avec les formules de « Pay how you drive », « Vous payez comme vous conduisez » d’Axa, Allianz ou la Maaf. La prime est ajustée en fonction du nombre de kilomètres parcourus, de zone de déplacement, mais aussi du comportement au volant.

La tendance pourrait gagner l’assurance santé avec le quantified self. Aux Etats-Unis, l’assurtech américain Oscar propose déjà une réduction de leur prime à ses clients qui parcourent 10.000 pas par jour. L’assurance habitation devrait aussi y venir quand nos domiciles seront truffés d’objets connectés. Mais le phénomène reste limité.

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