« L’expert-comptable 3.0 n’est plus un mythe »

A l’occasion de la passation de pouvoir entre Julien Tokarz et Stéphane Cohen, respectivement ancien et nouveau président de l’Ordre des experts-comptables de la région Paris Ile-de-France, les deux hommes livrent leur vision du métier.
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Le 17 décembre dernier, Julien Tokarz a cédé sa place à Stéphane Cohen à la tête de l’Ordre des experts-comptables de la région Paris Ile-de-France. Un mandat de deux ans qui s’ouvre pour le nouveau président à l’heure où la profession subit de profondes mutations.

Que retenez-vous de ces deux années en tant que président et vice-président de l’Ordre des experts-comptables de la régions Paris Ile-de-France ?

Julien Tokarz : Nous avons eu à cœur de valoriser l’image de l’expert-comptable en faisant ressortir son statut de premier conseil du chef d’entreprise, au-delà de ses missions comptables traditionnelles. Il faut sortir l’expert-comptable de cette image du comptable stricto sensu à laquelle il est trop souvent réduit pour qu’il soit perçu comme l’expert en fiscalité, en stratégie ou encore en gestion de crise qu’il est. Les cabinets d’expertise-comptable ne se contentent pas de faire de la saisie comptable. Au fil du temps, la tenue comptable deviendra d’ailleurs accessoire dans la mission de l’expert-comptable qui passera davantage de temps sur des missions à haute valeur ajoutée comme la mise en place de tableaux de gestion, d’analyse et de financement, ainsi que des outils pour parfaire la recherche de cibles. Les missions qui s’ouvrent aux experts-comptables sont infinies et la profession évolue.

Stéphane Cohen : Il faut occuper des territoires sur lesquels nous n’étions pas présents comme la gestion des risques ou l’informatique. Beaucoup de magistrats regrettent par exemple qu’on ne voit pas assez d’expert-comptable au tribunal de commerce notamment. Or, le chef d’entreprise est plus fort quand ils vient à la barre accompagné par son expert-comptable, perçu par ces juridictions comme un tiers de confiance. Car, si les chiffres sont têtus, ce sont eux qui font la différence et qui peuvent permettre de sauver une entreprise en difficulté.

C’est une évolution majeure dans le mode de fonctionnement des cabinets d’expertise-comptable que vous prônez. Cela ne risque-t-il pas de mettre en difficulté les cabinets traditionnels ?

Julien Tokarz : Vous savez, de plus en plus de cabinets font appel à de nouvelles compétences, comme les ingénieurs informatiques. Certains cabinets de niches se consacrent à la mise en place de systèmes d’information ou à des missions de restructuration. Ces transformations ne sont pas encore devenues la norme mais les mentalités changent. Les experts-comptables ont bien compris qu’ils étaient pris au centre d’une logique de destruction-créatrice de l’économie, que le modèle économique de leur cabinet devait évoluer pour prendre en compte la disparition progressive de la saisie comptable et la nécessaire diversification des activités.

Stéphane Cohen : L’expert-comptable 3.0 n’est plus un mythe mais une réalité aujourd’hui. En anticipant les changements à l’oeuvre ou à venir, les experts-comptables pourront aller chercher des compétences ailleurs, en travaillant main dans la main avec des équipes dont le cœur de métier n’est pas forcément la comptabilité mais qui leur serviront à rendre leurs cabinets plus rentables. C’est aussi en se connaissant mieux entre eux, en développant des missions en cross selling, en travaillant davantage en harmonie que les experts-comptables réussiront à mieux appréhender le changement.

A vous entendre, il semble que l’expert-comptable ne soit plus cette personne austère à lunettes que véhicule l’imagerie populaire…

Stéphane Cohen : L’expert-comptable d’aujourd’hui n’est pas à l’image de cet homme avec ses lunettes double foyer et sa calculette. Les experts-comptables ont su prendre le virage technologique et stratégique. Nous allons devenir des sociétés de services d’ingénierie financière et stratégique qui pourront assurer des missions de conduite du changement ou de gestion des ressources humaines.

Julien Tokarz : L’expert-comptable doit également changer l’image qu’il a de lui-même. Il doit se percevoir comme un véritable chef d’entreprise et pas seulement comme un conseil. Il se doit d’élaborer une stratégie commerciale, une politique de recrutement, etc. J’ai envie de dire aux experts-comptables : « Non, vous n’êtes pas différents de vos clients ! » Comme n’importe quelle entreprise, le cabinet d’expertise-comptable doit savoir évoluer dans ses pratiques avant d’être confronté à des marges négatives sur ses activités classiques. Il n’est pas trop tard mais, le changement, s’il n’est pas encore amorcé, doit se faire maintenant.

Ce portrait plus reluisant que vous dressez des experts-comptables n’est-il pas simplement fait pour attirer des étudiants qui, aujourd’hui, ont quelques réticences à se tourner vers ce métier ?

Stéphane Cohen : Ne le cachons pas : oui, aujourd’hui, il y a un déficit de vocation pour le métier d’expert-comptable. Il faut donc susciter plus d’envie chez les jeunes, notamment en créant une courroie inter-générationnelle pour les aider à se lancer dans le métier. La profession n’évoluera que si les jeunes viennent la rejoindre ! L’idée d’avoir un mentor pour chaque jeune qui pourront, mutuellement, s’apporter expérience et modernité dans les pratiques, afin de, par exemple, revendre le cabinet au mentoré quand l’heure de la retraite aura sonné, est loin d’être saugrenue. Il faut faire comprendre aux jeunes qu’ils trouveront tout ce qu’ils recherchent dans le métier d’expert-comptable.

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